Vers
sept heures quinze nous quittons le Citadines pour nous rendre en métro à la
gare de « Hua Lamphong Railway Station ». Un peu avant huit heures nous
prenons place dans le vaste hall d’attente, installés sur les chauffeuses de skaï
violine. Sur les sièges à côté de nous une famille thaïe avec deux garçonnets
est présente. L’enfant le plus âgé s’amuse sur un téléphone portable et l’autre
grignote lentement un donut acheté au comptoir du « Dunkin’ Donuts »
situé à deux pas. A huit heures précises, l’hymne national thaï retentit par
haut-parleur dans l’enceinte de la gare. Toute l’assistance présente, sauf les moines
bouddhistes assis dans leur espace privé, se lève. Les personnes en mouvement
s’arrêtent et pendant la durée du chant, la vie de tous ces quidams est figée.
Un peu avant huit-heures trente, nous sommes sur le quai dix. Un train occupe
les rails et se retire. Celui pour Chiang Mai entre en scène avec une dizaine
de minutes de retard. Nous occupons les places treize et quatorze dans le wagon
numéro un qui fait également office de locomotive. Le poste de pilotage, à
quelques pas de nos sièges, est réparti de chaque côté d’un petit corridor
central clos d’un côté par une porte vitrée coulissante donnant sur l’espace
des voyageurs et de l’autre par une seconde porte, également vitrée, donnant
sur la voie. Nous avons vue sur les rails au travers des vitrages. Le convoi
est composé de trois voitures climatisées. Des ventilateurs sont présents au
plafond. Certains seront activés par des voyageurs durant les quelques onze à
douze heures de trajet. Les sièges sont recouverts de skaï bicolore anthracite
et gris clair. Ils sont tous positionnés dans le sens de la marche. Le train va
s’arrêter dans dix-huit gares avant de joindre Chiang Mai, son terminus. Un des
arrêts s’effectuera à Ayutthaya, l’ancienne capitale de la Thaïlande. Le
conducteur actionne régulièrement tout au long du voyage une sirène pour
signaler sa présence, notamment au niveau des passages à niveau exempts de
barrières. Au niveau du second arrêt, d’impressionnants et colossaux travaux en
béton sont en cours de d’exécution, destinés probablement à la réalisation de
passerelles aériennes ou de nouvelles routes. Des cookies et des boissons sont
servis dans la matinée par une dame thaïe très active. La validé des biscuits
secs s’annonce au 13 mars 2559, soit dans moins de deux mois car au royaume du
Siam nous vivons dans l’année 2559 !... En arrivant à Bangkok, nous avons
fait un bond dans le futur de plus de deux cent cinquante ans. De fréquentes
rizières sont visibles pendant trajet. Un jeune employé balaie l’allée centrale
où des miettes de cookies ont atterri. Au rythme des aléas du terrain, le train
tangue, balance et ballotte au gré des soubresauts générés par son déplacement
sur les rails d'acier. La musique monotone des « patam, patam » des
raccords de rails ponctuent le trajet. Le roulis, le dodelinement continuel du
wagon nous berce. Dans un champ je remarque la présence d’un épouvantail, d’un
épouvan-thaï… De temps à autre la végétation ressemble à celle de nos régions,
d’autres fois son exubérance est tropicale ou équatoriale. Une diversité qui
fait la richesse de la Thaïlande où presque tous les légumes et les fruits
peuvent pousser. Le jeune homme repasse une seconde fois pour laver le sol du
couloir central avec un balai muni de longues fibres noires. …patam-patam… Les villages traversés
offrent fréquemment à la vue les couleurs chatoyantes de leurs constructions.
Les façades, les toitures, majoritairement en tôle ondulées, se déclinent en
une multitude de teintes et de nuances vives ou pastel. En gare de Lopburi
vers onze heures, je vois un petit signe traverser une rue avec hardiesse et
désinvolture. Vers onze heures trente, contre toute attente, un déjeuner est
servi aux voyageurs. Je mastique avec plaisir du riz blanc tiède parfumé au
jasmin. Je laisse de côté les mets épicés et la viande pour croquer des
oléagineux et graines achetés au parc Lumpini. Fréquemment les maisons, les
granges, les cabanons qui entrent dans notre champ de vision sont sur pilotis
pour pallier aux inondations dues aux moussons. Des étendues d’eau ceinturées
consacrées à la pisciculture se révèlent par endroits. …patam-patam… Le plaisir de voyager dans un train roulant à petite
vitesse sans aucune annonce diffusée par haut-parleur est apprécié pleinement.
De-ci de-là, des champs de cultures à l’herbe serrée vert tendre profonde et
lumineuse, tels des terrains de golf, sont un enchantement pour les yeux. A
Phitsanulok, Patrick repère une école Saint-Nicolas. Une pensée s’envole vers
Clyde et Dylan. Les premiers contreforts des moyennes montagnes du nord du pays
sont grimpés par le convoi dont l’allure oscille entre quarante et cinquante
kilomètres à l’heure. De petits villages, des espaces parsemés de bambous, des
cultures en terrasse couvrent
les versants montagneux des vallées quand la forêt dense le permet. Un arrêt immobilise
le train en montée car des hommes travaillent sur les voies. Nous passons sous
trois tunnels avant notre destination. Le couple et les deux enfants assis à
nos côtés en gare de Bangkok descendent à Den Chai. La dame m’offre un radieux
sourire. L’unique hôtesse qui nous a servis aussi une boisson chaude et des
« Pineapple Pie », de petits roulés à l’ananas, pour le thé de
l’après-midi, s’occupe de presque tout. C’est elle qui actionne l’ouverture et
la fermeture des portières quand des passagers montent ou descendent. Elle
annonce les différentes stations franchies. Elle lave les gobelets des boissons
pour les réutiliser. …patam-patam… En revenant à mon siège après m’être dégourdi les jambes
dans les allées, je vois un jeune passager, blond comme les blés, assis bien droit
en position du lotus, pouce et index des mains en contact, absorbé dans une
méditation. Proche de notre arrivée, un couple francophone assis sur les sièges
en opposés, nous demande des précisions liées aux taxis pour joindre leur hôtel
à Chiang Mai, le Royal Plaza Hotel. La nuit nous enveloppe après dix-huit
heures. Le paysage disparait au profit d’un temps de farniente visuel. Nous
dînons avec les roulés à l’ananas. Patrick grignote des noix de cajou. Je
savoure des entremets de noix de coco achetés au parc Lumpini. Le train entre
en gare de Chiang Mai vers vingt heures. Une quinzaine de minutes plus tard,
les cheveux au vent, nous sommes à bord d’un taxi collectif rouge où prennent
place une passagère anglophone du train et un couple de japonais monté au cours
du trajet vers notre hôtel. La réception du « Thapae Loft » est
ouverte sur l’extérieur. Nous posons nos bagages dans la chambre 302 au
troisième étage et nous retrouvons avec joie Morphée pour la nuit…
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire