mardi 19 janvier 2016

Trajet en train Bangkok à Chiang Mai…

Vers sept heures quinze nous quittons le Citadines pour nous rendre en métro à la gare de « Hua Lamphong Railway Station ». Un peu avant huit heures nous prenons place dans le vaste hall d’attente, installés sur les chauffeuses de skaï violine. Sur les sièges à côté de nous une famille thaïe avec deux garçonnets est présente. L’enfant le plus âgé s’amuse sur un téléphone portable et l’autre grignote lentement un donut acheté au comptoir du « Dunkin’ Donuts » situé à deux pas. A huit heures précises, l’hymne national thaï retentit par haut-parleur dans l’enceinte de la gare. Toute l’assistance présente, sauf les moines bouddhistes assis dans leur espace privé, se lève. Les personnes en mouvement s’arrêtent et pendant la durée du chant, la vie de tous ces quidams est figée. Un peu avant huit-heures trente, nous sommes sur le quai dix. Un train occupe les rails et se retire. Celui pour Chiang Mai entre en scène avec une dizaine de minutes de retard. Nous occupons les places treize et quatorze dans le wagon numéro un qui fait également office de locomotive. Le poste de pilotage, à quelques pas de nos sièges, est réparti de chaque côté d’un petit corridor central clos d’un côté par une porte vitrée coulissante donnant sur l’espace des voyageurs et de l’autre par une seconde porte, également vitrée, donnant sur la voie. Nous avons vue sur les rails au travers des vitrages. Le convoi est composé de trois voitures climatisées. Des ventilateurs sont présents au plafond. Certains seront activés par des voyageurs durant les quelques onze à douze heures de trajet. Les sièges sont recouverts de skaï bicolore anthracite et gris clair. Ils sont tous positionnés dans le sens de la marche. Le train va s’arrêter dans dix-huit gares avant de joindre Chiang Mai, son terminus. Un des arrêts s’effectuera à Ayutthaya, l’ancienne capitale de la Thaïlande. Le conducteur actionne régulièrement tout au long du voyage une sirène pour signaler sa présence, notamment au niveau des passages à niveau exempts de barrières. Au niveau du second arrêt, d’impressionnants et colossaux travaux en béton sont en cours de d’exécution, destinés probablement à la réalisation de passerelles aériennes ou de nouvelles routes. Des cookies et des boissons sont servis dans la matinée par une dame thaïe très active. La validé des biscuits secs s’annonce au 13 mars 2559, soit dans moins de deux mois car au royaume du Siam nous vivons dans l’année 2559 !... En arrivant à Bangkok, nous avons fait un bond dans le futur de plus de deux cent cinquante ans. De fréquentes rizières sont visibles pendant trajet. Un jeune employé balaie l’allée centrale où des miettes de cookies ont atterri. Au rythme des aléas du terrain, le train tangue, balance et ballotte au gré des soubresauts générés par son déplacement sur les rails d'acier. La musique monotone des « patam, patam » des raccords de rails ponctuent le trajet. Le roulis, le dodelinement continuel du wagon nous berce. Dans un champ je remarque la présence d’un épouvantail, d’un épouvan-thaï… De temps à autre la végétation ressemble à celle de nos régions, d’autres fois son exubérance est tropicale ou équatoriale. Une diversité qui fait la richesse de la Thaïlande où presque tous les légumes et les fruits peuvent pousser. Le jeune homme repasse une seconde fois pour laver le sol du couloir central avec un balai muni de longues fibres noires. …patam-patam… Les villages traversés offrent fréquemment à la vue les couleurs chatoyantes de leurs constructions. Les façades, les toitures, majoritairement en tôle ondulées, se déclinent en une multitude de teintes et de nuances vives ou pastel. En gare de Lopburi vers onze heures, je vois un petit signe traverser une rue avec hardiesse et désinvolture. Vers onze heures trente, contre toute attente, un déjeuner est servi aux voyageurs. Je mastique avec plaisir du riz blanc tiède parfumé au jasmin. Je laisse de côté les mets épicés et la viande pour croquer des oléagineux et graines achetés au parc Lumpini. Fréquemment les maisons, les granges, les cabanons qui entrent dans notre champ de vision sont sur pilotis pour pallier aux inondations dues aux moussons. Des étendues d’eau ceinturées consacrées à la pisciculture se révèlent par endroits. …patam-patam… Le plaisir de voyager dans un train roulant à petite vitesse sans aucune annonce diffusée par haut-parleur est apprécié pleinement. De-ci de-là, des champs de cultures à l’herbe serrée vert tendre profonde et lumineuse, tels des terrains de golf, sont un enchantement pour les yeux. A Phitsanulok, Patrick repère une école Saint-Nicolas. Une pensée s’envole vers Clyde et Dylan. Les premiers contreforts des moyennes montagnes du nord du pays sont grimpés par le convoi dont l’allure oscille entre quarante et cinquante kilomètres à l’heure. De petits villages, des espaces parsemés de bambous, des cultures en terrasse couvrent les versants montagneux des vallées quand la forêt dense le permet. Un arrêt immobilise le train en montée car des hommes travaillent sur les voies. Nous passons sous trois tunnels avant notre destination. Le couple et les deux enfants assis à nos côtés en gare de Bangkok descendent à Den Chai. La dame m’offre un radieux sourire. L’unique hôtesse qui nous a servis aussi une boisson chaude et des « Pineapple Pie », de petits roulés à l’ananas, pour le thé de l’après-midi, s’occupe de presque tout. C’est elle qui actionne l’ouverture et la fermeture des portières quand des passagers montent ou descendent. Elle annonce les différentes stations franchies. Elle lave les gobelets des boissons pour les réutiliser. …patam-patam… En revenant à mon siège après m’être dégourdi les jambes dans les allées, je vois un jeune passager, blond comme les blés, assis bien droit en position du lotus, pouce et index des mains en contact, absorbé dans une méditation. Proche de notre arrivée, un couple francophone assis sur les sièges en opposés, nous demande des précisions liées aux taxis pour joindre leur hôtel à Chiang Mai, le Royal Plaza Hotel. La nuit nous enveloppe après dix-huit heures. Le paysage disparait au profit d’un temps de farniente visuel. Nous dînons avec les roulés à l’ananas. Patrick grignote des noix de cajou. Je savoure des entremets de noix de coco achetés au parc Lumpini. Le train entre en gare de Chiang Mai vers vingt heures. Une quinzaine de minutes plus tard, les cheveux au vent, nous sommes à bord d’un taxi collectif rouge où prennent place une passagère anglophone du train et un couple de japonais monté au cours du trajet vers notre hôtel. La réception du « Thapae Loft » est ouverte sur l’extérieur. Nous posons nos bagages dans la chambre 302 au troisième étage et nous retrouvons avec joie Morphée pour la nuit…


















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