La nuit a été
fraiche et au lever la température s’affiche à 19,7° sur l’horloge de poche.
Les rites matinaux s’inclinent pour laisser la place au petit-déjeuner au «
Loft restaurant ». Le ciel semble s’habituer à son manteau nuageux. La
température estivale s’est envolée. L’horloge de poche emportée par curiosité
indique une température en baisse dans la salle du petit-déjeuner ; en fin
de collation elle affiche 17°. J’apprécie de déguster des morceaux d’ananas et
quelques dominos de graines de pavot du parc Lumpini. Patrick savoure deux
croissants avec une tasse de café noir. Comme hier, nous sommes les seuls
clients dans la salle. De retour dans la chambre, notre messagerie perso est
consultée. Un mail de Jean et Francette, de Daniel, de Sylvain et de la jeune
chinoise de Singapour se dévoilent. La narration de la journée d’hier se peint
avec des mots sur le chronojournal. L’envolée du récit est publiée sur le blog
Siam avant le repas. Nous déjeunons pour la dernière fois chez Nan.
L’impermanence de chaque rencontre s’illustre dans le mouvement de la vie qui
offre d’effleurer brièvement des existences à la croisée des chemins, comme
celle de Nan et de ses charmantes et efficaces collaboratrices. Je renoue avec
la saveur d’une « Banana Blossom Salad ». Les fleurs de bananier baignées
d’une succulente sauce crémeuse à base de « Tom Yum Paste » et associées à un
avocat mûr sont un régal pour les papilles. Un jus maison carotte, pomme et
concombre est siroté. Patrick teste avec succès une omelette thaïe aux oignons
accompagnée de frites maison et d’un thé Earl Grey. Après le repas, en
retournant au Thapae Loft, nous traversons le temple « Wat Phakhao »
situé à deux pas du restaurant. Les temples bouddhistes jouent admirablement
avec l’effet trompe-l’œil. Je photographie un arbre à la magnifique floraison
rose et rouge pour m’apercevoir ensuite en approchant que les fleurs sont
toutes en soie. Les tiges plastifiées sont piquées dans les branches. Dans le
temple, j’aperçois depuis l’entrée des moines en pleine méditation. Absorbés et
contemplatifs, d'une immobilité absolue, ils
sont figés comme des statues. Patrick en visite à l’intérieur me révèle en
sortant qu’il s’agit de mannequins plus vrais que nature ; artifices et
illusion de la réalité… Des photos sont publiées sur le blog Siam sur la page
de la journée d’hier. Les messageries sont consultées. L’enregistrement en
ligne pour les vols aériens de demain est effectué sur le site « Thai
Airways International ». Après quatorze heures nous cheminons sur
Ratchapakhinai Road. Quelques photos de bâtisses sont prises le long du
parcours. Nous parvenons au canal qui ceinture la vieille ville. Nous
bifurquons à gauche dans Manee Nopparat Road. Un homme pousse sur la chaussée une
charrette métallique au contenu insolite. Nous atteignons la porte « Chang
Phuak Gate » en longeant l’ancienne douve royale qui ceinturait le mur de
fortification de la ville historique. Notre objectif, le grandiose et
monumental Bouddha drapé d’une kesa d’or du temple « Wat
Rajamontean », se dévoile. Un pont fleuri en bois traverse le canal devant
le temple. Au centre de la rambarde, devant un petit kiosque à la toiture
élaborée, un écriteau laisse lire les mots « Happy New Year 2016 ».
L’accès au temple se fait par un escalier de forte déclivité pavé de carreaux
flammés enrichis de céramiques. Les atours ocre rouge du temple sont ornés
d’une infinité de parures d’or somptueusement ciselées et ouvragées. Nous
sommes les seuls visiteurs. Un peu plus loin, de l’autre côté du canal, le
sanctuaire « Wat Lok Molee » montre une forte animation. Le sol en
terre est quelque peu détrempé autour du temple principal en bois initié au
quatorzième siècle. Un stûpa séculaire perdure vaillamment sur le site. J’ai un
coup de cœur pour un magnifique éléphant royal blanc. Le sanctuaire s’est
étoffé aux cours des siècles d’une riche diversité syncrétique où les bouddhas
côtoient une multitude de déités telles que Shiva et Ganesh. La majorité des
entités de ce panthéon asiatique m’est inconnue. La beauté, la créativité, la
diversité, la fantaisie sont au rendez-vous dans ce site éclectique et
cosmopolite. Des arbres à souhait ponctuent l’espace cultuel. Je suis séduit
par un superbe plancher en teck, probablement centenaire, posé dans un temple
plus moderne édifié en briques sous une poutraison anthracite. A côté un autre
temple en briquettes ocre sable, décoré de frises blanches dentelées, retient
avantageusement mon attention. Une déité assise sur un trône au-dessus de
l’entrée est flanquée de deux gardes armés d’un sabre. A l’intérieur, devant
l’autel, un moine assis en tailleur s’active sur un téléphone portable.
Etonnant ! Un chat attiré par les mouvements sur l’écran est écarté d’un
geste. Nous sortons de ce lieu emblématique vers quinze heures trente. En
revenant dans la vieille ville nous passons devant le temple « Wat
Khuankha Ma » dont l’enceinte en pierre est décorée d’une kyrielle de
petits chevaux d’or disposés sur de courtes colonnes carrées. Nous prenons à
droite la rue Prapokklao Road qui s’ouvre devant la porte « Chang Phuak Gate ».
La Place des Trois Rois se dessine devant nous. A l’angle avec Ratvithi Road
différentes œuvres d’arts s’offrent au regard sur le trottoir devant le
« Lanna Folklife Museum ». Une œuvre composée de profils sphériques
allongés tissés de filins, tels des cordages d’une harpe futuriste, me transmet
des vibrations musicales au travers de cercles ajourés où papillonnent des médaillons créatifs et autres objets à
l’imaginaire féérique. Sur la place, les trois rois sont photographiés sur leur
piédestal disposé devant le
« Chiang Mai Historical Centre », l’ancien Hôtel de Ville. L’édifice
historique blanc aux volets beige est pourvu derrière les statues d’un corps
central saillant gratifié d’un spacieux balcon à colonnade sur le porche. Plus
avant dans la rue, je remarque la présence de deux sièges en ciment dont chaque
dossier arbore en relief un papillon marron liseré d’or. Le lapin blanc à la tunique bleue coiffé d’un haut
de forme noir invite les passants à entrer dans la boutique « Fairy
Tales », une boutique de Contes de Fées, en tenant ouvert sur les coussinets
de ses pattes le livre « Alice au pays des merveilles ». Dans la devanture du
commerce avoisinant, deux frêles polichinelles ludiques à grosse tête tricotés
en laine arborent une palette de couleurs aux moult nuances douces et bigarrées.
Sur la plateforme de son pick-up gris un homme procède à l’active cuisson de
frites dans un poêlon noir empli d’huile bouillante chauffée grâce à une
bombonne de gaz reliée à un réchaud posé sur un tabouret parme couché en
travers sur une petite bâche blanche carrée. Une écumoire en aluminium est
prête à filtrer et égoutter les frites réalisées. Une opération culinaire pour
le moins surprenante au bord de la chaussée !... Nous tournons à gauche dans
Ratchamanka Road et nous passons devant l’école pour enfants « Anubaan Chiang
Mai School ». Les écoliers grouillent à nouveau à la sortie. La majorité prend
d’assaut les comptoirs alimentaires présents. Chacun commande son plat préféré,
l’offre étant plus que diversifiée. Certains enfants prennent le chemin de l’obésité.
Une photo d’une bouilloire qui tente vainement de remplir une ample jarre vernissée
percée, en terre cuite couleur café, est prise devant le « Phurin Thai Spa »
à une courte encablure de « Taste from Heaven ». Nous sourions de l’appellation
« Phurin » car phonétiquement en français le « purin » est
un liquide composant le fumier né des déjections des vaches. Nous arrivons vers
seize heures trente chez Nan. Un temps de détente gourmand s’offre à nous. Nous
savourons chacun un brownie maison vegan. Je l’accompagne d’un smoothie
chocolat chantilly. Patrick sirote un thé Earl Grey. Une fois l’addition
réglée, nous saluons avec émotion l’équipe de Taste from Heaven. Nan nous
souhaite « bon voyage » en français. Sur le trottoir d’en face, à quelques
mètres, en devanture
d’une boutique de souvenirs, un grand tableau exposé représentant une scène de
rue colorée à Chiang Mai, est immortalisée sur la pellicule numérique. Nous retournons
à l’hôtel pour le paquetage. Après dix-heures trente, nous dînons en face de l’hôtel
dans le restaurant indien « Taj Mahal ». Soupe dhal de lentilles, pakoras
de légumes, aubergines aux épices et garlic naan composent la partition du
repas. Le regard de Patrick est capté de temps à autre par la diffusion du film
« Divergent » sur un grand écran accroché au mur. Après ce dépaysement
culinaire, nous traversons la rue pour rejoindre Morphée pour la nuit…

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