Vers neuf
heures trente, nous sortons du Citadines. Nos pas nous conduisent à la proche station
du train aérien. En cours de trajet nous effectuons un retrait cash à la
Citibank, la seule banque à notre connaissance qui distribue les bahts sans
commission. A la station Asoke une rame bondée est à l’arrêt. Des files
d’attente sont constituées. Nous parvenons à intégrer la rame suivante.
Cependant, aux trois stations consécutives, à chaque arrêt, la rame
s’immobilise, les portes ouvertes, durant une dizaine de minutes. Nous
supposons un problème sur le réseau. Finalement, avant la station précédant
celle de notre destination, contre toute attente, la rame change de voie pour
rouler sur la voie opposée où circulent les trains de l’autre sens. Aucune
collision frontale ne se produit. Nous sommes déposés à la station Siam après
une équipée énigmatique d’environ quarante-cinq minutes. Nous traversons le
centre commercial Siam pour joindre la route Rama 1 dans l’objectif de nous
rendre au ponton « Saphan Hua Chang Pier ». Sur le canal « Maha Nak »
nous embarquons à bord d’une barge motorisée qui nous dépose à onze heures au
débarcadère « Saphan Phanfa Pier ». Je prends en photo le poste de
pilotage du batelier et l’articulation tubulaire métallique de la toiture bâchée
qui s’abaisse pour passer sous les ponts les plus bas. Durant le trajet
fluvial, j’ai senti la toile épaisse et imperméable se rapprocher de ma tête
avec une sensation nouvelle. Un tuk-tuk est présent à la sortie. Pour cent
cinquante bahts, le conducteur nous dépose une quinzaine de minutes plus tard
devant le Parc Dusit. Je suis enchanté de la visite qui s’annonce, celle du
Palais Vimanmek né une seconde fois à Bangkok grâce à la volonté du vénéré roi
Rama V. C’est la plus grande demeure en bois de teck sur Terre. De grosses
gouttes d’eau s’échappent du manteau nuageux sans toutefois se transformer en
pluie. Une visite individuelle à notre rythme d’environ une heure s’offre à
nous. Nous sommes régulièrement dépassés par des groupes de touristes chinois
pressés par leur guide. La trentaine de pièces découverte sur les
quatre-vingt-une existantes dévoile moult artefacts du passé …des porcelaines,
du mobilier en provenance de Chine, du Japon, de France et bien d’autres
créations artistiques. Vers la sortie je suis séduit par un magnifique escalier
carré en colimaçon, en nuances de vert, ouvragé et peint à la main. Un chef-d’œuvre !...
Durant cette plongée temporelle dans Vimanmek, où le temps retient son souffle,
nous marchons pieds nus sur les planchers en teck, éclatants de beauté, aux
nuances rougeâtres et au veinage sombre. Le teck est un bois précieux et
imputrescible originaire d'Inde, de Malaisie, du Laos et de Thaïlande. Son nom
vient du malais « Thekku ». Il en existe trois espèces distinctes… Vimanmek
fut bâti en 1868 sur l’île de Ko Si Chang et installé à Bangkok en 1910 dans le
parc Dusit. La cérémonie d'inauguration de la résidence Vimanmek eut lieu le 27
mars 1901. Le roi Rama V déménagea du Grand Palais pour venir y vivre durant
cinq années. Après un règne de quarante-deux ans, il mourut le 23 octobre 1910
après avoir eu soixante-dix-sept enfants de trente-six de ses quatre-vingt-douze
femmes !.... Après une visite
enchanteresse et fascinante, nous déjeunons sur place au petit Food Court du
parc. Nous savourons des légumes variés sur un lit de riz cuit à la vapeur.
Chaque plat revient à un euro. Du jamais vu !... Nous ajoutons des noix de
cajou. Patrick sirote un smoothie à la banane à moins d’un euro. Après le
repas, sous une chaleur torride, nous nous promenons autour du vaste palais
adjacent « Ananta Samakhom» qui fait partie du domaine royal de Dusit. Des
jardiniers s’activent dans un massif arboré. Un magnifique pavillon se dévoile
flanqué d’un superbe kiosque circulaire fleuri, à la structure vert jade parée d’or.
Le palais, tout comme Vimanmek, représente une visite incontournable des
tour-operators. Une multitude de cars déverse des flots de chinois. Les dames
rivalisent de couleurs dans leurs vêtements seyants et élaborés. Pour entrer
dans le palais, les touristes se scindent en deux groupes ; une file pour
les hommes et une autre pour les femmes. Le bâtiment imposant, édifié au début
du vingtième siècle pour accueillir le trône royal selon la volonté du Roi Rama
V, est inspiré du faste européen du XIX° siècle. Le roi Rama, selon sa
fantaisie légendaire, intégra à la décoration du palais des scènes
traditionnelles de contes thaïs. Il incorpora du marbre de carrare, des dorures
en feuilles d’or, des soieries et autres splendeurs pour célébrer toute
l’opulence de la dynastie des Chakri qui fut fondée en 1782. Elle succéda à
celle des rois d'Ayutthaya défaits par les Birmans. Les rois Chakri prirent le
nom dynastique de « Rama » et instaurèrent Bangkok comme capitale du royaume…
Nous entrons ensuite dans une petite résidence, transformée en musée, où des photos
réalisées par l’actuel roi Rama IX, passionné de photographie, sont exposées.
Un autre musée de soieries accueille notre présence. Nous nous installons
ensuite à la terrasse du Food Court où je sirote un smoothie à la banane. Après
quinze heures, nous retournons au canal en Tuk-Tuk. La circulation est dense.
Le chauffeur arrête son véhicule sur la chaussée pour se diriger vers un étal
side-car venu se positionner derrière nous après un demi-tour sur la chaussée.
Il achète une boisson. Reporteur en herbe, je photographie la scène. La marchande
me sourit… Sur le klong, le bateau à longue queue passe devant le vaste
complexe « Prince Palace », un hôtel situé au-dessus de la tour « Bo Bae »
qui abrite un centre commercial qui a su garder son identité thaïe. L’eau du
canal est chahutée par notre passage. Pour témoigner son agacement, elle s’agite
et génère des vagues écumeuses qui viennent inonder les bordures du Klong tout
en asticotant joyeusement notre embarcation. Une fois grimpés sur la rive, nous
marchons le long du klong pour joindre la résidence de Jim Thompson où nous
entrons vers seize-heures vingt. Une quarantaine de minutes de détente s’offre
à nous. Je me sens bien chez Jim. Patrick
sirote un café thaï. Je déguste une part de gâteau au chocolat en buvotant une
boisson chaude au cacao. Un jeune homme francophone est assis à ma gauche. Sur
son sac noir en toile, je lis les mots « Int-Intersect », le nom d’un « Community
Mall » sur la route Rama 3 Road… Nous retournons par le bord du Klong au centre
commercial Siam. Nous nous baladons dans le centre avant de dîner. Un nounours
fait sa dinette à l’entrée d’un coffee. La décoration a changé par endroits.
Des cœurs roses sont mis à l’honneur. Vers dix-huit heures, chez « Croissant
Taiyaki », nous savourons chacun un croissant fourré d’une purée d’haricot
rouge… Au moment de revenir au Citadines, nous devons changer nos plans. Une marée
humaine a envahi la station Siam du train aérien. Toute cette foule se rend
dans la même direction que nous. Nous montons dans une rame du sens opposé et nous
descendons à la station « Sala Daeng » pour joindre en sous-sol la station de
métro « Si Lom ». Le trajet par ces deux transports en commun dure de dix-huit
heures quinze à dix-neuf heures quinze. Alors que nous venons de sortir du
métro, juste avant de traverser la route Sukhumvit, nous sommes accostés
jovialement par un homme. Je reconnais son visage, il s’agit de Ross Fraser. Il
se souvient également des nôtres. Il se présente comme étant le Directeur
Général du Novotel Karon et annonce que nous venons de séjourner dans son
hôtel. Il affirme ne jamais oublier un visage. Etonnante synchronicité dans
l'espace et dans le temps malgré l’éloignement !... Il souligne que finalement
la Thaïlande est un petit pays pour se rencontrer ainsi. Nous achetons deux
petits demi-ananas à l’étal de la jeune thaïe souriante revenue devant la Tour
Exchange. Patrick mange des morceaux du fruit en marchant vers le Citadines. La
narration de la journée commence…

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